À la rencontre de Mélissa Canséliet – La compétence est d’abord humaine!
Épisode 26
Mélissa Canseliet est une experte en neurosciences, cyberpsychologie et numérique responsable. Titulaire d’une maîtrise en neurosciences et d’un master en psychopharmacologie des processus cognitifs, elle a également mené quatre années de recherche à l’Université d’Oxford.
Depuis plus de 13 ans, elle évolue dans l’industrie technologique, où elle a occupé des rôles clés en expérience utilisateur, en analyse des comportements numériques et en stratégie numérique, notamment chez Ubisoft, Faurecia, Coinhouse, Samsung Ads et Mistplay. Aujourd’hui conférencière, formatrice et entrepreneure, elle sensibilise aux impacts du numérique sur nos cerveaux et nos sociétés au fil de ses interventions, de son TEDx à Bordeaux, ainsi que de sa chronique à CIBL.
Clientèle cible(s) : 1re à 3e année, 4e à 6e année, 7e et 8e année, 9 à 12e année, Conseillères et conseillers pédagogiques, Directions, Maternelle et jardin d’enfants, Toutes
Thématique(s) : Intelligence artificielle
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1re partie du balado
Transcription
Mélissa Canseliet : Mon rêve, ce serait que la place de l’intelligence artificielle dans son apprentissage soit comprise, acceptée et partagée.
[musique]
Louis Houle : Bienvenue aux Conversations pédagogiques avec des passionnés. Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation. Aujourd’hui, je m’entretiens avec une experte en neurosciences, en cyberpsychologie et en numérique responsable. Son parcours a commencé par une passion pour les dauphins qui l’a menée vers le cerveau, les neurosciences et l’univers des jeux vidéo. Maintenant, elle cherche à démocratiser les connaissances dans ce domaine et à mieux comprendre leur lien avec la technologie et, bien sûr, avec l’intelligence artificielle. Retrouvons ensemble Mélissa Canseliet.
[musique]
Aujourd’hui, c’est une joie pour moi de me retrouver avec Mélissa Canseliet. La première fois que j’ai eu la chance de l’écouter, c’était lors d’une conférence à Ottawa. Vraiment, à ce moment-là, j’avais été subjugué par ses propos. Je m’étais dit : « Il faut absolument, un jour, si j’ai la chance, de l’inviter à notre balado pour parler de pédagogie. » C’est aujourd’hui le grand jour. Mélissa, je suis très content que tu sois avec moi aujourd’hui pour ce balado.
Mélissa : Merci, Louis, ça me fait super plaisir aussi.
Louis : Comme on fait habituellement avec tous et toutes nos invités, la première question est facile. Parle-moi d’une de tes passions.
Mélissa : D’une de mes passions, ça va être difficile à choisir. Je vais prendre les animaux marins, parce que c’est là que tout a commencé et c’est peut-être là que tout se finira aussi. [rit] Je suis passionnée par les mammifères marins depuis toute petite. J’appartiens à une génération qui avait Flipper à la télé.
Louis : Ah oui, le dauphin.
Mélissa : Exactement. Les dauphins, on a toujours l’impression que ça sourit, que ça a un petit sourire comme ça, alors que ce n’est pas vraiment le cas. C’est particulièrement mignon. C’est surtout fascinant de voir à quel point c’est un animal qui a d’abord des ancêtres marins, puis avec les mammifères a eu des ancêtres sur terre et ensuite, est revenu dans la mer. C’est pour ça que leur appareil respiratoire, il ne s’agit pas de branchies. Parce que les ancêtres ont d’abord été des mammifères terrestres. Ils sont revenus dans l’eau, donc ils ont développé tout un tas de systèmes de communication, de respiration, de sommeil complètement fascinants. Chaque fois que je m’intéresse aux dauphins, aux mammifères marins, que ce soit les baleines, les bélugas, les narvals, les orques, je suis fascinée de tout ce qu’on a à découvrir si près de nous.
Louis : Tu sais que je partage une de tes passions, celle-là. Parce que mon prochain conte, le personnage principal, ça va être une baudroie abyssale. Ce n’est pas un mammifère, mais c’est un petit poisson du fond de l’abysse, qui n’est vraiment pas beau, mais qui ne se trouve vraiment pas beau. Là, l’histoire part avec ça. En tout cas, ça, ça sera un autre sujet pour [rit] un autre balado. Passer de mammifères marins à parler aujourd’hui de neurosciences et d’intelligence artificielle, est-ce qu’il y a un lien quelque part?
Mélissa : C’est un lien qui est très direct, pour moi, en tout cas. [rit] C’est quand je me suis intéressée aux mammifères marins, quand on s’intéresse aux mammifères marins, notamment à leur place dans le règne animal, on s’aperçoit que leur cerveau est tout particulier, c’est-à-dire qu’il est beaucoup plus complexe d’apparence anatomiquement. Il a des structures avec plus de plis, plus de structures, plus de sous-structures. C’est absolument fascinant. On ne connaît toujours pas tout de l’intelligence des mammifères marins. Il y a tant à découvrir.
Finalement, quand on parle d’intelligence artificielle, ça nous ramène à redéfinir aussi ce que c’est que l’intelligence. C’est aussi en comprenant ce qu’est l’intelligence chez les animaux et ce qui évolue beaucoup parce qu’on les comprend de plus en plus, que ça ramène à une humilité déjà en tant qu’être humain par rapport à ce qu’on est capable de voir comme intelligence. Parce qu’il y a peut-être des tas de choses qu’on ne voit pas. Ça ne veut pas dire que les animaux sont moins intelligents qu’on pense.
Pendant longtemps, on mesurait l’intelligence des animaux à ce qu’ils faisaient comme nous. Après, on a commencé à percevoir de plus en plus que finalement, si on s’intéressait à l’autre d’une autre perspective, on y percevait beaucoup plus de richesse. Je pense que c’est une approche qui est très pertinente pour beaucoup de sphères dans la vie et notamment l’intelligence artificielle. C’est-à-dire que, par exemple, implémenter de l’intelligence artificielle, cette nouvelle technologie, ça demande non seulement de se rappeler de ce que c’est que l’intelligence pour bien distinguer ce que ça fait de très bien là où on a des opportunités et puis, aussi, ce que ça ne fait pas pour ne pas avoir des attentes démesurées ou ne pas risquer de faire des erreurs et de préserver ce qu’on a de fondamentalement humain.
Aussi, se mettre à la place des autres qui utilisent cette technologie, qui ont une expérience différente forcément de la nôtre, beaucoup plus différente qu’on l’imagine, parce que ce sont des expériences personnalisées. Cette approche empathique, finalement, liée à la compréhension de l’intelligence animale d’une part, est importante pour remettre en valeur le facteur humain quand on a une nouvelle technologie qu’on a dans les mains aujourd’hui.
Louis : Parce que justement, on a peut-être cette pensée magique, puis corrige-moi si je me trompe, que l’intelligence artificielle peut tout faire et qu’elle ne se trompe jamais. Le réflexe, c’est : « On va demander à l’IA et puis, elle va faire ça pour nous. »
Mélissa : C’est ça. Par la manière dont est construite l’IA due à son modèle économique, c’est-à-dire une plateforme numérique personnalisée, avec, d’abord, des options gratuites pour contribuer par ses propres données à l’apprentissage du modèle. Ensuite, un modèle payant qui se base sur l’engagement, c’est-à-dire à quel point on veut être longtemps et avec plus de puissance de ce modèle-là. Bien évidemment, pour nous engager, on a des interfaces, bien sûr, qui sont intuitives et qui vont nous cajoler.
Louis : Ah oui, on est très bons. « Merci pour la question », « Vous êtes gentil », et cetera.
Mélissa : Exactement. Nous, on est des êtres humains, on a l’habitude d’être polis. Même si on va s’intéresser à l’IA générative, peu importe laquelle, on va commencer à faire une requête, puis très vite, on va dire merci. Puis, très vite, on va dire s’il te plaît, parce qu’il y a cette réciprocité automatique qui s’installe. De manière très insidieuse, va émerger la perception d’une conscience, même si on ne s’en rend pas compte. Aussi, va émerger, va se développer une dépendance.
Aujourd’hui, est-ce qu’on est autant capable de se poser des questions, de refaire des recherches, de s’assurer qu’on vérifie? Il y a une petite paresse qui s’installe et c’est très insidieux. Il faut y faire très attention parce que le confort n’est pas que ce qui développe le mieux chez l’humain.
Louis : Je trouve ça absolument passionnant parce qu’il y a plein de choses que tu viens de dire, mais là, on va se diriger à l’école, encore plus sur le terrain de l’école, parce qu’il y a comme une tendance aussi qui se dessine dans nos classes à vouloir utiliser l’intelligence artificielle. Ma question pour toi, c’est, tu as une fille et, puis, si tu avais à rêver ou si tu pouvais décider, quelle serait la place de l’intelligence artificielle à l’école, dans la classe de ta fille? Qu’est-ce que tu dirais?
Mélissa : Mon rêve, ce serait que la place de l’intelligence artificielle dans son apprentissage soit comprise, acceptée et partagée. Ce que je veux dire par là, c’est que ce n’est pas tant le niveau d’utilisation, est-ce qu’on utilise beaucoup ou un peu. Parce que je pense que tout est relatif. En revanche, ce qui me semble plus important pour avoir une véritable liberté intellectuelle qu’on souhaite offrir aux jeunes, aussi bien dans leur parcours de citoyen. Je veux dire, même si on s’intéresse même à leur parcours de formation professionnelle, l’idée, c’est qu’ils aient le choix de se diriger vers des passions, le choix de se développer, le choix de grandir avec ce qui leur convient le mieux.
Ces ressources qu’on souhaite leur donner pour pouvoir explorer le monde et aussi y contribuer, ce n’est pas simplement leur mettre des outils dans les mains d’une manière qui est prémâchée et décider pour eux, mais de les guider. Ça veut dire être accompagné en leur permettant de tracer leur propre chemin. Je pense que c’est vraiment l’approche qui me semble la plus importante aujourd’hui quand on parle de littératie numérique, surtout avec l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas d’avoir simplement une jeunesse qui sait bien écrire des prompts, une jeunesse qui ne triche pas, même si je comprends que ce sont des enjeux absolument indispensables.
Je crois d’abord que pouvoir les amener à non seulement naviguer à travers ces outils, mais aussi maîtriser ces outils, être capable d’innover avec ces outils. Mon rêve, ce serait que la jeunesse nous apprenne à quoi faire de nouveau avec l’intelligence artificielle, pour pouvoir se donner les moyens d’une jeunesse qui se développe à son plein potentiel, avec une vraie contribution à la société future, dans un monde technologique. Il faut absolument leur donner du recul. Ce recul-là, ce n’est pas simplement quelque chose qui se décrète. On va leur donner du recul. Ça demande vraiment de comprendre ce que c’est que l’intelligence artificielle.
Ce que ce n’est pas l’intelligence artificielle, ce que c’est que l’intelligence humaine. Comment fonctionne leur cerveau avec ça? Qu’est-ce que ça fait à leur apprentissage? Je suis épatée qu’encore aujourd’hui, en 2026, même sans l’intelligence artificielle, on ne donne pas des bases de compréhension du cerveau aux jeunes pour simplement apprendre à apprendre. Qu’on comprenne ce que le cerveau fait quand on dort, qu’on comprenne ce que le cerveau fait quand on fait du sport, qu’on comprenne comment le cerveau réagit quand on a l’expérience d’un rejet affectif.
Toutes ces choses-là, je pense que c’est indispensable de donner des rudiments. Je ne parle pas de devenir neuroscientifique, mais des bases qui permettent à des jeunes de simplement mieux se gérer soi-même. Le cerveau, pour moi, c’est toujours un appel à la tolérance parce qu’on comprend les limites. Se tolérer soi-même, se tolérer mieux les autres et, en même temps, avoir le recul sur le monde technologique. L’une des autres raisons, au-delà du fait de maîtriser quand même l’organe qui nous permet d’apprendre, c’est que pour avoir eu le privilège de voir ça aux premières loges, les acteurs technologiques savent très bien comment fonctionne le cerveau avec la technologie et ça leur procure un avantage considérable sur le grand public.
Pour rétablir un équilibre où on ne prend pas le cerveau en otage, où on ne donne plus l’illusion d’avoir un choix qui n’existe pas. Il s’agit de redonner aux jeunes comme aux citoyens cette liberté intellectuelle par la compréhension du cerveau, avec les outils qu’ils ont dans les mains. Ça, c’est mon rêve.
Louis : Là, tu sais que pendant que tu parles, je prends des petites notes pour revenir, puis là j’ai écrit sept choses.
Mélissa : [rit] D’accord.
Louis : La première que j’ai écrite, c’est quand tu as dit : « On a la responsabilité de guider nos élèves, nos jeunes. » Comment on fait pour guider nos élèves quand nous, on est en train d’apprendre aussi? Peut-être qu’il y a certains de nos élèves qui sont meilleurs que nous et plus ça va, les changements arrivent tellement vite que j’ai l’impression que la vague m’engloutit. J’ai cette responsabilité comme prof. Comment est-ce que je fais?
Mélissa : Je pense qu’il faut justement, dans l’approche avec l’intelligence artificielle, ne plus simplement s’attacher à sa valeur par des compétences purement techniques. Je pense que ça doit être le cas aussi bien pour les enseignants que pour des professionnels. On parle beaucoup d’esprit critique, d’intelligence émotionnelle. C’est des compétences qu’on développe notamment avec l’expérience de vie. Je pense que c’est peut-être ça qui manque, si j’ose dire, en tout cas, dont il faut reprendre conscience. C’est la valeur humaine d’un être humain avec son cerveau développé, qui a eu des expériences en enseignement, et cetera, avec des compétences techniques qui a la bonne compétence pour se poser les questions au bon moment.
Si on comprend les enjeux d’une véritable littératie numérique, oui, peut-être qu’un jeune va mieux savoir naviguer sur des outils d’IA, peut-être qu’un jeune sait déjà créer des agents, alors que moi, en tant qu’enseignante, je suis en train d’explorer la manière de faire des requêtes sur mon premier outil d’intelligence artificielle générative. Il ne faut pas s’attacher à ses compétences techniques, il faut s’attacher au recul. Le recul, ce n’est pas être pro, être un bolide sur ChatGPT. Le recul, c’est comprendre la place de l’intelligence artificielle dans mon apprentissage. On peut guider absolument les jeunes et c’est là où on doit aller taper, si j’ose dire.
C’est sur ce champ-là où on a vraiment une place à se réapproprier et qu’il ne faut pas minimiser parce que c’est une place qui est déjà extrêmement importante. Quand les jeunes apprennent une matière, qu’ils progressent, on n’est pas simplement des sachants. On est des personnes qui leur donnent envie, on est des personnes qui leur permettent de se poser les bonnes questions. On est des personnes quand on enseigne aussi, parfois on ne sait pas, mais l’important, c’est que les jeunes se sentent assez confortables pour se poser les questions auprès de nous et qu’on puisse les guider.
L’important, ce n’est pas nécessairement qu’on leur dise quoi faire, mais plutôt qu’ils nous posent des questions sur ce qu’ils aimeraient faire et qu’ils partagent ce qu’ils ont envie de faire. Ça peut paraître très pieux comme ça, un petit peu utopique, mais c’est aujourd’hui exactement la dissonance qui fait que ça ne fonctionne pas dans certaines entreprises. C’est qu’on s’attache à des compétences purement techniques.
Je sais comment utiliser Copilot, donc comme je connais toutes les fonctionnalités tac tac tac. On oublie sa place en tant que membre d’une équipe. Je pense que là, il y a vraiment un rôle à jouer. Il y a un rôle qui a renforcé et qui est probablement celui qui est à l’origine de beaucoup de vocations en enseignement. Allons valoriser ce rôle-là, parce qu’il y a d’autres technologies qui vont arriver et ce rôle-là sera d’autant plus important.
Louis : Si je résume, corrige-moi si je n’ai pas bien compris. Premièrement, de définir l’intelligence artificielle comme un outil –
Mélissa : Oui.
Louis : – et que ce n’est pas le seul, et qu’il se place dans une panoplie de stratégies. Qu’on soit conscient de ça. Ce n’est pas nécessairement le comment ça fonctionne, l’outil qui est important, mais c’est plutôt comme prof, j’ai la responsabilité de créer un contexte dans ma salle de classe pour s’assurer que mes élèves se développent avec, entre autres, un outil qui s’appelle l’intelligence artificielle.
Mélissa : Exactement. Ce n’est plus tant comment fonctionne l’outil, c’est comment fonctionne l’être humain avec l’outil. Je pense que c’est ce qu’on oublie et c’est ce qu’on néglige. C’est là où, en tant qu’enseignant, on a tout le rôle à jouer. Parce que les outils technologiques, avec encore une fois le modèle économique qui les sous-tend, quand on pense aux grandes plateformes d’aujourd’hui, sont engageantes, intuitives, et cetera.
Quand on dit « intuitive », ça veut dire qu’on n’a plus conscience, qu’on ne se pose plus des questions. Je pense que c’est ce recul-là, c’est le fait de dévoiler à la jeunesse : « Voilà comment vous fonctionnez, comment vous apprenez, voilà comment telle plateforme gagne de l’argent en faisant ces types d’interfaces, en se basant sur telle mécanique, et donc rappelez-vous que pour garder le contrôle, il y a des pièges qu’on vous tend et pour les contourner, il faut en prendre conscience. »
Louis : Offrir certaines connaissances de base, puis après ça, développer l’esprit critique pour que vraiment, on soit outillé, comme tu dis, pour ne pas tomber dans les pièges, et pour être un acteur actif et conscient de comment la joute de baseball se joue.
Mélissa : Exactement. Parce que ce qui se passe, c’est que l’esprit critique n’est possible que s’il y a un minimum de connaissances pour pouvoir faire la part des choses. Il faut un minimum. Sauf que là, on parle beaucoup d’esprit critique, même quand on parle des réseaux sociaux et d’autres enjeux numériques. On parle, oui, il faut de l’esprit critique pour tout, mais est-ce qu’on a, à un moment, compris que tous les temps d’écran ne se valent pas? Est-ce qu’on a, à un moment, pu établir auprès des jeunes que leur cerveau se développe et qu’ils ont des vulnérabilités exploitées par des acteurs technologiques? C’est ça qui leur permettrait de devenir critiques.
J’ai eu l’occasion, notamment, de partager avec des jeunes les secrets de recette des jeux vidéo. C’est un cours de littératie numérique, mais amené d’une manière beaucoup plus attrayante. Ce qui est fantastique, c’est que quand ils partagent l’expérience : « Qu’est-ce que tu aimes dans le jeu vidéo? » « J’aime ci, j’aime ça parce que ça, c’est trop cool. » « Tu veux que je te montre comment c’est fait? Regarde. » « Ah oui, c’est vrai. Oh non, mais– » Quand ils voient toute l’énergie qui est développée pour venir les capter, il y a un recul, mais je vous assure, c’est vraiment manifeste.
C’est presque physique parce que : « Ah, d’accord », il y a une espèce de prise de conscience, comme si on leur dévoilait un tour de magie dans lequel ils se faisaient avoir à chaque fois et qui est : « OK, ah oui, d’accord, effectivement. Oui, l’expérience est agréable, mais quand je comprends comment c’est, peut-être que je vais prendre un peu plus de précautions. » C’est ça qu’il faut avoir avec l’intelligence artificielle de manière beaucoup plus prononcée, parce qu’on n’est plus simplement dans l’économie de l’attention, on est dans l’économie de la relation.
Ça peut vraiment contribuer à une espèce de dénaturation de l’humanité de manière très insidieuse et donc, sans vouloir être plus alarmiste que ça, mon message, c’est plutôt qu’on a le choix de mettre en valeur une humanité qui s’est déjà fait atteindre avec les réseaux sociaux et qui est définitivement en jeu avec l’intelligence artificielle. Je ne pense pas qu’il faut avoir peur de l’intelligence artificielle. Je pense qu’il faut choisir le plus vite possible et prendre acte du fait que, si on ne fait rien, les acteurs technologiques décideront à notre place, alors qu’on a d’énormes opportunités d’aller saisir cet appel aux compétences fondamentalement humaines.
Louis : Parce qu’on ne peut pas dire : « Ah moi, c’est le statu quo qui est important. » Parce que si je décide de ne rien faire, parce qu’à côté de moi, ça change, ça avance, et cetera, le statu quo, c’est impossible.
Mélissa : Impossible. C’est une utopie.
Louis : Utopique, oui, c’est ça.
Mélissa : Complètement utopique. C’est impossible. C’est-à-dire que c’est être contre la pluie. Je veux dire, à un moment, il va pleuvoir. Soit, tu mets tes bottes, soit, tu te mets à l’abri ou tu es mouillé. C’est comme être contre la pluie. Aujourd’hui, on le voit bien, je veux dire, on peut interdire, même si on interdisait du jour au lendemain, l’intelligence artificielle à l’école, est-ce qu’on se mentirait au point de nous dire que comme ça, ils ne l’utiliseront pas? C’est déjà le cas avec la littératie numérique et les réseaux sociaux. On a des pays qui ont interdit les réseaux sociaux à un certain âge, puis, on s’aperçoit que–
Louis : Australie.
Mélissa : Absolument. Puis, on s’aperçoit que finalement, il y a autant d’utilisations qu’avant. Quand bien même, il y avait une diminution d’utilisation, ça ne les prépare pas à une inutilisation quand l’âge serait, entre guillemets, le bon. Parce qu’une majorité numérique, ce n’est pas un âge biologique. Je veux dire, c’est comme la majorité pour conduire une voiture. Je veux dire, ça n’a ni queue ni tête. Il faut avoir le permis, il faut être préparé. Avec l’intelligence artificielle, on ne peut plus laisser– Non seulement, c’est utopique, mais je pense que c’est une–
Si on souhaite vraiment une belle éducation pour les enfants, est-ce qu’on souhaite vraiment les éduquer hors du monde? Est-ce qu’on ne souhaite pas les préparer à un monde technologique qui est le leur déjà aujourd’hui, qui le sera encore plus demain? Je pense que c’est comme si on leur enlevait la capacité de parler anglais ou français par choix. Ce serait le statu quo. Aujourd’hui, ça relève d’une position complètement arbitraire et déraisonnable.
Louis : C’est pour ça qu’on parle d’une littératie numérique. C’est comme une langue, c’est essentiel.
Mélissa : Oui.
Louis : Là, je vais aller encore plus concret, parce que là, on est dans les principes, et cetera. Là, imagine si tu as devant toi une personne enseignante, cinquième année, qui dit : « Mélissa, je veux bien, mais en septembre– Je veux bien. J’ai compris tout ce que tu as dit, j’ai assisté à toutes tes conférences, je te trouve extraordinaire, mais là, concrètement, qu’est-ce que je fais dans ma première semaine de classe, dans mon premier mois, pour mettre en pratique ce que tu viens de dire? »
Mélissa : Pour moi, il faut revoir les curriculums. Il faut absolument intégrer la littératie numérique et, comme on en parle, il ne s’agit pas d’une littératie numérique avec trois ateliers dans l’année, « apprenons à aller appuyer sur des boutons sur des ordinateurs ». Il faut comprendre comment sont conçues les interfaces, comment notre cerveau fonctionne avec ces interfaces, quels sont les modèles économiques qui régissent ça pour avoir pas simplement une littératie au sens naviguer, mais une littératie au sens conscience numérique. C’est là où on parle d’une conscience numérique, d’une intelligence numérique, pas simplement d’une littératie d’une langue, pas simplement d’un vocabulaire.
Pour moi, la vraie littératie numérique, c’est celle qui nous permet d’avoir une conscience numérique, qu’elle soit aussi bien sur des niveaux de sécurité que sur des questions citoyennes. Ça, c’est un enjeu crucial. Pour l’enseignant ou l’enseignante en question qui me dit : « Mais moi– » on revoit les curriculums. Quelles sont les matières les plus appropriées pour évoquer ce que c’est une interface? Est-ce que c’est parce que cette année, vous voyez le système visuel? Est-ce que c’est parce que vous voyez les formes géométriques? Et cetera. À quel moment on peut intégrer des notions indispensables? Est-ce que les questions de neurosciences, on les intègre en biologie, sur un apprentissage?
Est-ce qu’on les intègre parce qu’on parle d’univers social et puis qu’on parle de rejet social, par exemple? À quel moment c’est plus pertinent d’intégrer ces notions-là? Pour les modèles économiques, je pense que ça pourrait se faire en mathématiques, ça pourrait se faire en informatique aussi. L’idéal serait que la littératie numérique fasse partie du tronc commun. Parce qu’aujourd’hui, si on le fait comme ça pour l’intelligence artificielle, demain, avec le quantique, on va retomber dans les mêmes choses.
C’est-à-dire, on va revoir tous les curriculums parce qu’on ne l’avait pas intégré? Non, je pense qu’il faut que– La littératie numérique aujourd’hui, c’est aussi important qu’apprendre à lire. À partir du moment où on a compris ça, il faut revoir les curriculums et ça ne doit pas être simplement la responsabilité des enseignants. Ça doit être un enjeu national, c’est-à-dire qu’est-ce qu’on veut et ce qu’on veut demain. Même économiquement parlant, même d’une position complètement pécuniaire.
Est-ce qu’on veut retirer à ce point, l’opportunité aux jeunes de pouvoir créer, innover et de peser économiquement dans le monde technologique, ou est-ce qu’on veut que les Américains décident de notre avenir dans des bureaux de conseil d’administration dans la Silicon Valley? Qu’est-ce qu’on veut pour demain? Je pense qu’il faut avoir cette conscience-là, ce courage-là et l’expertise viendra. Il y a tout ce qu’il faut au Canada, certainement en Ontario, certainement francophone, pour développer des curriculums à la hauteur de l’enjeu.
Louis : Après qu’on a travaillé le curriculum, est-ce que dans la salle de classe comme telle, en termes de fonctionnement ou de stratégie pédagogique, est-ce que tu vois des choses à pousser, qu’on fait déjà, des choses différentes? Parce que là, on vient de parler de contenu.
Mélissa : Oui. Après, je pense que définitivement, donner des espaces pour partager des expériences, quand on parle d’avoir du recul, quand on parle de pensées critiques, oui, il nous faut les connaissances, on parle de contenu. Après, en pratique, ce qu’il faut, c’est justement pouvoir avoir des espaces qui favorisent le partage d’expérience. C’est sûr, si on interdit tout, comme ça, c’est tabou, c’est super, on n’apprend absolument rien. Je pense que c’est indispensable d’avoir des espaces où on parle de son expérience numérique, où on expérimente le numérique.
Il faut valoriser l’expérimentation, qu’elle vienne des enseignants, qu’elle vienne des apprenants. Il faut le valoriser pour pouvoir grandir de ces expériences parce qu’elles vont être partagées, et pas simplement faire l’autruche et se dire : « Non, on n’en parle pas comme ça, personne ne va utiliser– » Non, au contraire, valorisons l’expérimentation pour que ce partage profite au plus grand nombre. Quitte, effectivement, à ce qu’en tant qu’enseignant, à un moment, j’ai des apprenants qui me montrent comment je pourrais faire quelque chose. Pourquoi pas?
[musique].
Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce balado. Pour avoir accès aux autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez lecentrefranco.ca.
[musique]
2e partie du balado
Transcription
Mélissa Canseliet : Je pense que c’est extrêmement important de se rappeler que ce fameux pouvoir – Est-ce qu’on ne peut pas lâcher prise? – parce que c’est du pouvoir de transmission qu’on a avant tout, et pas un pouvoir de savoir, comme ça, de contenu. Il y a un pouvoir de transmission, et je pense que la carte à jouer, elle est énorme.
[musique]
Louis Houle : Bienvenue aux Conversations pédagogiques avec des passionnés. Initiée par le Centre franco, cette série de balados nous présente des professionnels qui excellent en éducation. Dans cette deuxième partie de ce balado avec Mélissa, il est question d’IA encore, mais surtout d’expérimentation, d’apprentissage, de courage face à l’échec et de partage du pouvoir. Parce qu’au fond, la compétence reste d’abord humaine.
[musique]
Là, si on valorise l’expérimentation, ça veut dire qu’on accepte le risque qu’on échoue, qu’on se trompe, qu’on manque notre coup. Parce que c’est ça, expérimenter. Einstein, quand ils ont fait de grandes expériences, ils n’ont pas réussi à chaque coup.
Mélissa : Expérimenter avec l’intelligence artificielle, c’est apprendre à être l’intelligence artificielle. Ça dépend de ce qu’on appelle un succès. Est-ce que le succès, c’est réussir à résoudre un problème donné avec l’IA une fois? Ou est-ce que c’est faire grandir de l’expérience avec l’intelligence artificielle? Si on parle d’échec parce qu’on n’arrive pas à résoudre un problème, c’est un pas vers le succès. Ce n’est pas un échec dans l’absolu. À mon sens, valoriser l’expérimentation, c’est faire grandir l’expérience dans tous les cas, et ce n’est certainement pas avoir peur de l’échec.
On répète à la jeunesse qu’il faut par essais-erreurs– Je veux dire, c’est cette humilité scientifique qu’il faut réintégrer à partir du moment où on s’intéresse aux technologies. Il ne s’agit pas d’avoir raison, d’avoir tout bon à chaque fois, il s’agit d’expérimenter. De toute façon, la technologie, elle va évoluer. Dans l’année scolaire, elle va évoluer, si ce n’est pas dans le mois, et cetera. Donc, il faut expérimenter.
Ce qui me semble, par contre, indispensable de garder en tant qu’enseignant, c’est des bases de littératie numérique pour s’assurer qu’on propose des pratiques sécuritaires en termes d’identités numériques, de données privées et de données, notamment dans l’enseignement, et du droit d’auteur. Ça, de toute façon, c’est vraiment indispensable de maîtriser ces bases-là en enseignement. Pour le reste, au contraire, et même, je vais même aller plus loin.
Louis : Allez.
Mélissa : Pourquoi ne pas partir de quelque chose qu’on n’a pas encore résolu, de donner un devoir? L’idée, ce n’est pas de valoriser, réussir, ne pas réussir, c’est : Comment vous y prendriez-vous pour résoudre tel problème? C’est ça qui est important. Si on apprenait à résoudre des choses qu’on ne sait pas résoudre tout seul, parce qu’on l’a fait avec des plus jeunes, parce qu’il y a plus de cerveaux dans la salle, qui ont plus d’expériences différentes, et parce qu’enfin on a choisi que le numérique ne serait pas que l’objet d’une expérience en silos. [rit]
Louis : Tu sais qu’en faisant ça, on est en train de donner du pouvoir à nos élèves. Quand le prof dit : « Je n’ai pas nécessairement la réponse, on va expérimenter, on a le droit à l’erreur, on veut cheminer ensemble. J’étais un apprenant ou une apprenante aussi. » J’ai l’impression que, pour certaines personnes, c’est difficile, ça, de partager le pouvoir.
Mélissa : Oui, probablement. Je pense que c’est important d’en avoir conscience. Je pense qu’il faut ne pas oublier, encore une fois, le pouvoir qu’on a à être des guides. On peut percevoir du pouvoir dans la maîtrise de compétences purement techniques. Le vrai pouvoir, il n’est pas là. Je pense aussi que c’est d’autant plus important de le transmettre, que le pouvoir, il n’est pas que technique, c’est aussi quelque chose qu’on doit transmettre à la jeunesse. Le pouvoir, il n’est pas que technique.
Le pouvoir, si j’ose dire, la compétence, elle est d’abord humaine. Je pense que c’est non seulement quelque chose d’indispensable pour les accompagner, mais c’est aussi quelque chose d’indispensable à transmettre pour que le vrai progrès de demain soit d’abord au niveau humain et pas qu’on n’ait pas des personnes qui fassent des outils en disant : « De toute façon, ça marche, donc c’est génial », alors que le progrès humain, il se définit parce que ça améliore la qualité de vie des humains entre eux.
Je crois qu’il faut peut-être lâcher prise sur un pouvoir qui se définit uniquement par la technique et reprendre conscience du pouvoir qu’on a sur des cerveaux qui se développent, de leur transmettre des compétences humaines, de façonner les cerveaux de demain, d’être des architectes du futur auprès de la jeunesse. Je pense qu’il faut se réapproprier cela, quitte à faire une introspection et puis à se rappeler des professeurs qui, au-delà même d’une notion ou d’un concept, nous ont transmis la passion, nous ont appris comment réagir dans certaines situations, nous ont appris le goût de l’effort, nous ont appris à nous relever. Se réapproprier ça, parce que c’est ça qui nous marque au-delà des concepts.
Si je prends mon expérience, en mathématiques, par exemple, je me souviens, pas simplement des équations au second degré. Je me souviens d’une enseignante qui me parlait créole pour que je me taise en classe, parce que j’étais trop bavarde. Elle avait réussi à capter mon attention, et il y avait une espèce de complicité comme ça. C’est cette compétence-là dont je me rappelle aujourd’hui, dont j’essaie d’user sans retenue auprès de ma fille, de capter son attention comme ça, de la prendre à contrepied sur des choses qui font partie de son identité pour créer du lien.
C’est ça dont on se rappelle : les professeurs qui déclenchent des passions sur des sujets, qui nous engagent. C’est sur leur capacité à engager, leur capacité à nous remettre en question, et pas simplement pour une notion qu’on découvre, qu’on pourra découvrir dans un livre aussi. Je pense que c’est extrêmement important de se rappeler que ce fameux pouvoir – Est-ce qu’on ne peut pas lâcher prise? – parce que c’est du pouvoir de transmission qu’on a avant tout, et pas un pouvoir de savoir, comme ça, de contenu. Il y a un pouvoir de transmission, et je pense que la carte à jouer est énorme.
Je crois aussi que ça doit être une compréhension sociétale. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il m’est arrivé d’échanger quelques fois avec des enseignants proches de la retraite qui manifestaient une forme, peut-être, de soulagement, parce que parfois ils avaient du mal à saisir l’impact, l’espace qui leur était laissé d’intervenir sur l’éducation des jeunes, au sens éducation humaine.
Louis : Dans le contexte aujourd’hui, là.
Mélissa : Aujourd’hui. C’est-à-dire, peut-être que certains parents leur faisaient peur à ce niveau-là. Je pense aussi qu’il faut soutenir les enseignants et les revaloriser aussi de manière sociétale pour les encourager à faire ce pas-là. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on ne peut pas attendre un tel engagement de la part des enseignants de manière unilatérale, de manière « c’est ce qu’on attend de vous ». La littératie numérique, l’éducation au sens large ne doit pas venir que des enseignants. Elle doit se faire en complicité, en collaboration avec les enseignants.
Effectivement, peut-être qu’être à leur écoute pour les soutenir dans une ère technologique où les compétences et la transmission des compétences doivent évoluer de manière, j’ai presque envie de dire, radicale, mais profonde, doit se faire avec aussi les encouragements du monde de l’éducation au sens large, des gens qui accompagnent les jeunes. Ça, c’est indispensable aussi, bien sûr.
Louis : Est-ce que les parents ont un rôle différent là-dedans à jouer? Parce que je sais que, comme parent, on va encourager, on va développer cette conscience numérique, et cetera. Est-ce qu’il y a une étape qui s’appelle parent qui dit : « Moi, je suis le parent, donc je devrais ajouter tel élément. »?
Mélissa : À mon sens, oui, et c’est d’ailleurs l’objet de mon livre Génération écrans. À la base, c’est vraiment un livre qui dévoile la manière dont fonctionne le cerveau des jeunes et comment le numérique vient les piéger, ensuite quelles sont les solutions.
Pourquoi je m’adresse aux parents? Je n’ai jamais travaillé à ce point auprès des parents, de manière aussi nette, dans mon expérience professionnelle. En revanche, ce sont des transmetteurs de A à Z. La transmission entre les parents et les enfants, ou ceux qui accompagnent les enfants et les jeunes, ce n’est pas qu’elle est non négligeable. Je veux dire, c’est la plus grande. Les enfants apprennent par imitation. Le premier impact des écrans sur les jeunes, c’est l’utilisation des parents, avant de prendre un écran dans les mains.
Le but, c’est un appel aussi à l’introspection des parents, à leur prise de conscience numérique.
Louis : Comment je fais comme parent? Qu’est-ce que je fais avec la technologie?
Mélissa : Exactement. Parce qu’on ne peut attendre, déjà ne parler que– Tous les temps d’écran ne se valent pas. Mais, quand bien même, on ne peut pas attendre que des jeunes aient une utilisation saine de la technologie quand on envoie des textos en conduisant, quand on a les téléphones à table, quand on interrompt une discussion avec un jeune parce qu’on a reçu une notification. Je pense que c’est un appel à l’introspection, et certainement pas pour blâmer les parents, parce qu’encore une fois, leur cerveau a été piégé.
L’idée, c’est qu’ils prennent conscience de la manière dont leur hygiène numérique a été remise en cause dans leur dos, pour qu’ils reprennent ce pouvoir-là et, ce faisant, transmettent aussi cette hygiène numérique aux plus jeunes. Bien sûr, les parents ont leur rôle à jouer, et il est grand temps qu’on leur donne des bases.
Je crois que ce que j’ai vraiment tenté de faire, c’est une espèce de traité de paix autour du numérique, pour qu’autour des jeunes, il puisse y avoir un environnement favorable à l’émergence de cette conscience numérique, qu’on s’adresse à des nourrissons, qu’on s’adresse à des adolescents. Le cerveau, il se mature qu’après 25 ans, donc on a largement l’espace de faire–
Louis : D’influencer.
Mélissa : On a une grosse responsabilité.
Louis : Je trouve ça absolument passionnant. Pendant que tu parles, je trouve qu’il y a des concepts super intéressants. Tu viens de mentionner « hygiène numérique ». Tantôt, tu as dit « développer une conscience numérique ». Comment on fait comme personne pour rester à la page? Après que j’ai appliqué ce que tu viens de dire, que je suis allé chercher des connaissances, j’ai regardé mon utilisation, je regarde autour, comment est-ce que je fais pour continuer d’apprendre à apprendre? Ça aussi, tu as mentionné ça tantôt.
Mélissa : C’est là aussi tout l’intérêt des acteurs technologiques, d’une part, mais qui doit être le nôtre. C’est de comprendre comment son cerveau fonctionne avec la technologie. Le cerveau s’est sophistiqué en 200 000 ans. Le cerveau, bien sûr, est plastique, bien sûr, on peut apprendre, mais, globalement, il y a des pièges qui sont faits pour la manière dont est câblé le cerveau.
C’est important de comprendre comment on est câblé, si j’ose dire, parce que c’est un atout, c’est pérenne comme approche. Parce que la technologie évolue très vite, le cerveau humain beaucoup moins vite dans l’histoire de l’humanité. C’est important de comprendre comment son cerveau fonctionne. Tout le reste est beaucoup plus simple après.
Je l’ai vécu en technologie. Je n’ai jamais codé, je n’étais même pas designer en entrant dans le milieu. Pourtant, en comprenant comment le cerveau traite l’information visuelle, ça devient clair de comprendre une conception d’interface. C’est extrêmement facile. Je pense que c’est un raccourci parce qu’on n’a pas besoin de designer nous-mêmes l’interface. Quand on comprend qu’une notification, par exemple, une interruption dans le travail, ça nous prend 22 minutes, en moyenne, pour le cerveau, de se remettre sur une tâche de travail interrompue.
Louis : 22 minutes.
Mélissa : En moyenne, c’est-à-dire que, des fois, c’est plus.
Louis : Excuse si je te coupe, ça veut dire que le concept de multitâche, de faire plein de choses en même temps, ça ne fonctionne pas.
Mélissa : Ça ne fonctionne pas. C’est-à-dire qu’on perd du temps. Ce n’est pas comme si on cumulait du temps de travail de qualité égale.
Louis : On n’en gagne pas, c’est certain.
Mélissa : Exactement. On cumule du temps de travail de mauvaise qualité, donc du travail qui prend plus de temps, ou alors du travail moins bien fait. En général, les deux. Si on prend en moyenne 22 minutes pour se remettre sur une tâche de travail de manière optimale et qu’on a plus de– En moyenne, c’est 96 notifications par jour. Même si…
Louis : C’est combien, 96?
Mélissa : 96, une petite centaine. Même si on en prend 50, parce qu’on fait attention–
Louis : Attends une minute, je vais juste m’assurer. Ça veut dire qu’une personne, en moyenne, reçoit près d’une centaine de notifications par jour.
Mélissa : Que ce soit courriel, message, parce qu’il y a des comptes réseaux sociaux, et cetera. Il y en a qui en reçoivent beaucoup plus, il y en a qui en reçoivent moins. En moyenne, c’est 96, selon les études les plus récentes. Même si on en met 50, on perd 17 heures par semaine. C’est une demi-semaine de travail. Forcément, on n’a le temps de rien. En plus, c’est pour rien faire.
Louis : Est-ce que ça veut dire qu’on devrait bannir les notifications de nos appareils?
Mélissa : Moi, je les ai bannies à titre personnel.
Louis : Moi aussi. [rit]
Mélissa : On va acheter son Apple parce qu’on s’interrompt tout le temps. Puis, on se met des bâtons dans les roues. C’est-à-dire que, même si on ne va pas lire, ça interrompt notre attention, fragmente notre attention, donc on n’est pas complètement présent. Il y a le fait d’avoir sa caméra quand on est en appel. Quand je suis en visioconférence, la plupart du temps, j’enlève ma vision de moi-même. Parce que sinon, je vais passer– Je me fragmente mon attention parce que je passe mon temps à me regarder, ce qui n’est pas du temps à écouter ou à construire mon propos, ce qui est une charge cognitive qui n’est pas mise à contribution pour créer du lien avec la personne, sachant qu’on est déjà en visioconférence, et cetera.
Il y a toutes ces petites choses complètement insidieuses, qui se sont insérées non seulement dans la manière dont on fait des opérations de travail, des opérations intellectuelles, la manière dont on crée du lien avec les personnes et dont on maintient et développe ces liens-là, qui s’effritent avec plein de petites fonctionnalités numériques, de petites insertions numériques, technologiques dans nos vies.
Finalement, reprendre cette hygiène-là, pour un parent, pour quelqu’un qui éduque, c’est une opportunité d’être beaucoup plus efficace, beaucoup plus en meilleure santé aussi, que ce soit physique ou mentale. Parce que, par exemple, plus on passe de temps sur Facebook, moins on apprécie notre vie, peu importe la qualité de vie dans la société.
Finalement, [rit] cette espèce de gratification instantanée qui n’a pas forcément de bénéfice à long terme, par contre, elle a de gros désavantages à long terme. Il faut se rendre compte que la technologie nous donne l’illusion d’avoir du temps. Parfois, on se fait livrer, on a l’impression que c’est facile, pour repasser du temps sur les écrans. Est-ce que, vraiment, on gagne du temps? Je ne suis pas sûre.
Ce temps-là, il faut se le réapproprier. Cette relation humaine, il faut se la réapproprier. Ces compétences humaines, on peut se les réapproprier simplement en prenant conscience de ces petites mécaniques-là. Ce n’est pas si complexe. Je veux dire, ça ne relève pas de compétences techniques, ça ne relève pas de compétences scientifiques. On nous donne l’illusion qu’on a le choix, on nous donne l’illusion qu’on a le temps, qu’on gagne du temps, alors qu’on ne gagne pas du temps.
Louis : Je viens d’écrire ça dans mes notes : la techno peut nous gruger des morceaux de notre humanité.
Mélissa : Absolument. Même pour l’expérience de vie. Aujourd’hui, quand on se retrouve entre amis, quand on fait–
Louis : Dans un spectacle, en train de filmer, de regarder le spectacle à travers notre téléphone.
Mélissa : Exact. Même un dîner entre amis, si on n’a pas pris la photo, ça n’existe plus. Si on n’a pas pris une photo et qu’on ne l’a pas partagée sur–
Louis : Prendre une photo de l’assiette, du plat qu’on mange.
Mélissa : [rit] Ça, c’est quelque chose.
Louis : C’est parce que je l’ai fait hier soir, c’est pour ça que je te dis ça. [rit]
Mélissa : Ce que je veux dire par là, c’est que ça relève aussi des interruptions du numérique. Ce n’est pas forcément une notification en tant que telle, mais c’est quelque chose qui vient nous–
Louis : Je n’ai pas compris ta dernière phrase. Qu’est-ce que tu as dit? Une interruption de quoi?
Mélissa : C’est une interruption dans notre expérience par le numérique, même si ce n’est pas une notification. C’est-à-dire qu’on a notre présence dans l’expérience, notre immersion, que ce soit au restaurant avec un bon plat, que ce soit avec des amis en train d’échanger, de se regarder. Le numérique vient, parce que le numérique est tellement ancré dans nos vies, interrompre ces expériences pour lesquelles on travaille. On vient interrompre nous-mêmes. On vient autosaboter, c’est de l’autosabotage, nos expériences de vie. Le numérique gruge des morceaux de vie, absolument.
Louis : Tu sais que ça fait déjà 50 minutes qu’on parle ensemble et que le temps avance à une vitesse, mais je vais te poser une dernière question avant les deux dernières. Je sais un peu la réponse que tu vas donner, mais je la pose quand même. Est-ce que ça veut dire qu’on interdit les téléphones dans les classes du secondaire complètement? Parce que certains prennent des approches particulières. Il y en a qui disent : « Il n’en est pas question. » Il y en a qui disent : « On pose seulement. » Il y en a qui disent : « Ce n’est pas grave. »
Mélissa : Pour interdire les téléphones dans les classes du secondaire, très franchement, je ne vois pas ce qu’un téléphone vient foutre en classe. Voilà, sur cette question. Je ne pense pas, par contre, que ça doive être une approche qui constitue un alibi pour ne pas enseigner le numérique avant.
Louis : On pourrait avoir zéro écran dans la classe.
Mélissa : Non, je ne pense pas qu’il faut zéro écran. Je pense que c’est indispensable que les jeunes sachent utiliser l’intelligence artificielle avec une conscience numérique. Pourquoi pas, parce qu’on va enseigner comment fonctionnent les réseaux sociaux, parce qu’il s’agit d’un objet pratique pour ces leçons-là, ces cours-là, avoir son propre téléphone. Bien sûr que si. Par contre, je pense que la présence d’un téléphone, par défaut, dans la classe n’a absolument rien à faire, parce que je crois aussi que les notifications n’ont rien à y faire.
Louis : Oui, comme on vient de le mentionner.
Mélissa : Exactement. Puis là, on vient de fragmenter l’attention d’un cerveau en développement, dont l’attention se développe. Est-ce qu’on veut vraiment saboter leur attention à ce point-là? Non. Là-dessus, je pense que, dans les classes, ça n’a rien à faire. C’est aussi en comprenant la littératie numérique qu’il faut savoir qu’apprendre à utiliser son téléphone, apprendre la technologie, le mieux, c’est qu’on fasse suffisamment bien pour que les interdictions n’aient pas lieu d’être et qu’il n’y en ait juste pas.
Louis : Qu’on n’en ait pas besoin.
Mélissa : Exactement. C’est cette conscience numérique qu’il faut faire grandir. Je soutiens l’idée que, dans un premier temps, un téléphone, on l’interdit parce que, malheureusement, que ce soit parents ou enfants, c’est quelque chose dont on a du mal à se séparer. On a des personnes qui ont leur téléphone au cinéma, je veux dire.
Louis : On paie pour avoir un écran géant, puis on a notre petit écran personnel.
Mélissa : Oui. On peut toujours tout dire : « Oui, le film n’était pas terrible. » Bien sûr, mais ce que je veux dire, c’est que je suis persuadée que, même sur des films géniaux, même les scénaristes, aujourd’hui, doivent prendre en compte le fait que les spectateurs regardent deux écrans, donc qu’il ne faut pas aller trop vite dans le scénario.
Louis : Mélissa, on arrive à la question où je te dis un mot et tu dis deux phrases.
Mélissa : OK.
Louis : Par exemple, si je te dis « un bébé », tu dis quoi?
Mélissa : Précieux. Non, je dis des phrases, deux phrases.
Louis : Deux, trois, on ne s’abstiendra pas.
Mélissa : Humain précieux et vulnérable, dont le cerveau est l’actif le plus important à préserver et à développer.
Louis : La compétence la plus importante à développer, ce serait quoi?
Mélissa : Une seule?
Louis : Une seule. C’est triste, c’est comme ça.
Mélissa : Parce que j’hésitais entre l’empathie et la pensée critique. Je vais dire l’empathie, parce que c’est elle aussi qui mène à la pensée critique. En tout cas, ça interagit, les deux, ensemble.
Louis : L’empathie.
Mélissa : L’empathie, oui.
Louis : OK. Si je te dis, justement, empathie, tu dirais quoi?
Mélissa : Cerveau. Comprendre la manière dont le cerveau perçoit. Comprendre la manière dont le cerveau de l’autre ressent, dont son propre cerveau perçoit et ressent. Tolérance envers soi et envers les autres, et recul.
Louis : Il en reste trois. Prochain : notre plus grand défi aujourd’hui, c’est quoi?
Mélissa : La relation.
Louis : Explique un peu.
Mélissa : Les réseaux sociaux nous promettaient de nous connecter et, quand on le fait mal parce qu’on ne comprend rien, on s’isole. L’intelligence artificielle, les gens la manipulent dans leur coin en oubliant que l’intelligence humaine se développe à plusieurs. On pose moins de questions aux autres parce qu’on les pose à l’IA, alors qu’on sait que c’est truffé d’erreurs. On oublie qu’on fait des erreurs, on oublie que, pour vérifier, le mieux, c’est de demander à quelqu’un d’autre. On fait confiance à la technologie, de moins en moins aux autres. La relation, oui.
Louis : Le prochain, entre guillemets, « grand wow » de l’intelligence artificielle, ça sera quoi?
Mélissa : Celle qui se met au service de l’intelligence humaine.
Louis : Tu peux développer? [rit]
Mélissa : Aujourd’hui, l’un des grands risques avec l’intelligence artificielle, c’est le fait qu’il y ait une certaine paresse cognitive. On le voit, même quand on utilise de la navigation, après, on se repère moins aussi rapidement dans l’espace d’une nouvelle ville qu’on visite parce qu’on est sur Google Maps ou Waze.
Aujourd’hui, toutes les IA génératives qui sont développées, c’est pour assister des tâches, c’est pour déléguer des tâches. Quand ce sont des tâches rébarbatives, et cetera, je trouve ça fantastique. On a aussi des fous qui veulent mettre des puces dans le cerveau. Je pense qu’une intelligence artificielle qui se met au service de l’intelligence humaine, ce serait wow. Imaginons une intelligence artificielle, j’en ai imaginé une, j’en travaille sur une, une expérience technologique qui nous amène à être plus humains, et pas qui nous amène à être moins humains.
Louis : Le dernier mot, c’est un mot ou une phrase que tu aurais aimé que je te dise pour que tu commentes.
Mélissa : Est-ce que l’humanité va bien? [rit]
Louis : Ça, c’est peut-être la partie 2 de notre balado, là.
[rires]
Mélissa : Pourquoi pas? Parce qu’on oublie : « Oui, c’est le progrès », mais c’est quoi, le progrès, si ça n’améliore pas la qualité de vie humaine? C’est quoi le progrès si on a toujours des conflits et qu’on n’est pas capable de dialoguer avec des gens qui pensent différemment que nous, qui pensent même contre nous? Elle va où, l’humanité, si on n’est plus capables de se parler les uns les autres? Oui, est-ce que l’humanité va bien?
Louis : À la fin de ce balado, je ne sais pas si tu aurais, comme ça – je sais que ce n’était pas prévu dans les questions et dans notre conversation – une ressource qu’on devrait absolument connaître, soit un article à lire, un livre, un site Internet, quelque chose qu’on devrait– justement pour appuyer notre propos aujourd’hui.
Mélissa : Je n’ai pas envie de faire le chien qui se lèche les–
Louis : Tu peux.
Mélissa : J’ai écrit un livre pour que les parents dépassent cette notion de temps d’écran, parce que tous les temps d’écran ne se valent pas. Ce n’est pas la même chose de regarder YouTube, 10 minutes, que de regarder Harry Potter, deux heures. Ça, les parents ne le savent pas. On leur parle de temps d’écran. Des mécaniques addictives, l’interruption de l’attention, l’exposition à des comportements toxiques, d’une limite pas claire entre l’information et la désinformation, vous l’aurez sur YouTube. Des contenus dans un environnement clos, où on suit le fil d’une histoire, où on n’a pas de contenu toxique et où on entretient le maintien de l’attention par la motivation d’une histoire qu’on suit, vous l’aurez dans des fictions. Je parle d’Harry Potter, ça peut être autre chose. Je pense que c’est important, pour les parents, de ne pas laisser ça.
Louis : Parce que les gens ne nous voient pas, là, il faudrait peut-être donner le titre.
Mélissa : Le livre s’appelle Génération écrans. Il est disponible sur librairie.ca, puis sinon chez Renaud-Bray, Indigo, même Amazon. Il est édité par Michel Lafon. Génération écrans, écrit par moi-même, Mélissa Canseliet. Sinon, quelque chose que je peux proposer aux gens de faire, c’est – Est-ce qu’il existe en version française? – le Test d’Association Implicite d’Harvard pour connaître ses propres biais cognitifs. Je pense que c’est quelque chose qui permet d’avoir un petit recul sur la manière dont son cerveau fonctionne.
Louis : Si je mets ça sur mon navigateur, une recherche, je vais trouver ça ou il faut que je le dise en anglais, tu penses?
Mélissa : Oui, je pense qu’il faudrait le dire en anglais aussi. Sinon, franchement, ce que je peux proposer, c’est de consulter Le cerveau à tous les niveaux. C’est une ressource qui existe sur Internet depuis que j’étudie les neurosciences, francophone, qui a été initiée par l’Université McGill. C’est une ressource francophone sur le fonctionnement du cerveau qui est géniale parce qu’on peut « zoomer » sur un niveau de difficulté. Moi, je consulte ce site depuis que j’étudie les neurosciences. Il existe toujours et il est extrêmement bien fait, il est mis à jour, il est pédagogique, et cetera.
Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut plus contourner comment fonctionne notre actif le plus précieux dans notre vie : notre cerveau. Vous pouvez vous faire greffer tout le reste, ou presque. Parce qu’on habite son corps, mais je veux dire, notre conscience habite notre cerveau. Où on habite si on ne prend pas soin de ça? Où est-ce qu’on est?
Louis : Mélissa, je savais que ça serait passionnant de te rencontrer et de parler avec toi aujourd’hui. Il y a tellement de sujets. Là, j’ai trois pages de mots, de notes que j’ai pris pendant qu’on discutait ensemble et j’étais très concentré. Je n’étais pas en train de me notifier pour être en dehors de la conversation.
Mélissa : J’espère bien.
Louis : Non, j’étais vraiment avec toi. Je voudrais vraiment te remercier. Puis j’invite les gens à aller écouter la conférence que tu as donnée avec le Centre franco, parce que, dans cette conférence, Grandir à l’ère de l’IA, tu as repris plein de propos qu’on a eus aujourd’hui. Je te dis un grand, grand merci. Puis, j’ai l’impression que ce n’est juste que le début et qu’un jour, qui sait, peut-être qu’on aura la chance de continuer cette discussion. Alors, écoute, je te remercie infiniment.
Mélissa : C’est moi qui te remercie pour ton accueil, pour ton écoute, puis cet espace pour passer des messages qui me tiennent tellement à cœur dans ma mission de vie. Donc, c’est moi qui suis extrêmement reconnaissante. Oui, ce n’est qu’un début.
Louis : Merci, puis à la prochaine.
Mélissa : À la prochaine.
[musique]
Louis : Merci d’avoir pris le temps d’écouter ce balado. Pour avoir accès aux autres épisodes, visitez le site Internet du Centre franco. Vous pouvez aussi les retrouver sur Spotify et sur baladopedago.com, un site qui propose une riche sélection de balados éducatifs en français. Enfin, pour découvrir l’ensemble de nos nouveautés, inscrivez-vous à notre infolettre, consultez nos réseaux sociaux ou visitez le centrefranco.ca.
[musique]
